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Faut-il se battre pour le maintien du bouclier fiscal ? Oui, quand on passe en revue les arguments de ceux qui souhaitent sa disparition. Non, quand on se réfère à ce que devrait être une fiscalité juste et stimulante. Le premier argument est politique : lUMP devrait tirer les leçons de son échec et mettre fin aux privilèges dont bénéficient les contribuables les plus fortunés. Analyse assez surprenante : cest lélectorat de droite qui a manqué à lUMP, et il na aucune sympathie pour les impôts. Conséquence inéluctable : les membres de lUMP hostiles au bouclier tiennent le même langage que la gauche. Puisque la gauche a gagné, il faut reprendre les idées de la gauche pour gagner la prochaine fois. Imparable : le bouclier est devenu la machine à hacher menue la majorité présidentielle ; les frondeurs, villepinistes ou autres, font le régal des médias. Le deuxième argument est social : dans cette période de crise, il faut un surcroît de solidarité, et les riches doivent accepter des sacrifices comme les autres Français. Le « scandale des inégalités » deviendrait aujourdhui intolérable, et à point nommé lINSEE publie des chiffres qui prouvent que les riches senrichissent tandis que le nombre de pauvres augmente. Je ne vois pas en quoi appauvrir les riches permettrait denrichir les pauvres, une observation millénaire suggère juste linverse. Je ne crois guère aux montages statistiques de lINSEE qui devrait au minimum nous prouver que les gens au dessous de lhypothétique « seuil de pauvreté » sont restés les mêmes entre 2000 et 2007, alors que vraisemblablement il sagit pour lessentiel dun flux permanent (jeunes frappés par le chômage ou en début de carrière). Enfin, je comprends bien que cette chasse aux riches est principalement inspirée par une grande tradition française, que janalyse dans un article à paraître dans Le Figaro : trop de richesses ont été créées artificiellement grâce aux privilèges propres à un pays étatisé, jacobin, trop de suspicions pèsent sur le commerce, la finance, dans un pays qui ignore la nature et le fonctionnement dune économie marchande, trop denvie lemporte sur trop peu dinitiative dans un pays où lesprit dentreprise et la réussite sont pénalisés par ladministration. Le troisième argument est économique : les cadeaux faits aux riches plombent les recettes fiscales. Avec largent quils représentent, on pourrait non seulement réduire le déficit mais aussi rééquilibrer le système des retraites sans avoir besoin de modifier lâge de départ en retraite ni la période de cotisation. Les chiffres rendent largument ridicule : les quelque 360 millions remboursés aujourdhui au titre du bouclier ne pèsent pas lourd par rapport aux 50 milliards recherchés pour le budget et 35 milliards pour la Sécu. Le quatrième argument est technique, ou politico-technique : une opération qui a la faveur de Messieurs Méhaignerie, Artuis et Marini, consisterait à supprimer le bouclier (adhésion croit-on des électeurs de gauche), mais aussi lISF (applaudissements dans les rangs de la droite) tout en créant une supertranche dimpôt sur le revenu (par exemple, une taxation à 60% des revenus les plus élevés). Limpact politique et électoral de cette opération est très incertain, mais surtout les conséquences économiques de cette innovation seraient catastrophiques, puisquelle accroîtrait la progressivité de limpôt, alors que la progressivité est lennemi de toute bonne fiscalité. Mais que pourrait donc être une bonne fiscalité ? Elle irait sans doute bien plus loin que le bouclier fiscal. Le bouclier est un pis-aller, un abri précaire contre larbitraire fiscal. Mais il est loin dêtre conforme à ce que lon peut souhaiter. Tout dabord 50% cest beaucoup trop, car cela traduit une omniprésence de lEtat, qui nest plus seulement protecteur, mais aussi producteur et redistributeur. Un Etat protecteur, se cantonnant dans ses fonctions régaliennes, devrait absorber entre 10 et 15% du PIB. Un Etat producteur gaspille en entreprises publiques et pseudo services publics quelque 15% du PIB. Un Etat redistributeur prélève 25% pour les transformer en allocations, indemnisations et pensions. Si vous ajoutez à cela lEtat débiteur, qui doit servir une dette publique croissante, vous voici aux 54% de dépenses publiques couvertes par 46% de prélèvements. Peu ou prou, la charge fiscale devrait donc être très inférieure à 50%, et le bouclier est en fait une passoire. Il faut ensuite compter avec
le fameux effet Laffer : au-delà dun certain
taux de prélèvements, les recettes fiscales diminuent. En effet, les gens
préfèrent travailler pour eux que pour les autres, et notamment pour le
gouvernement. Sils savent que sur lactivité supplémentaire quils pourraient
avoir il ne leur reviendra que 40, voire 30%, ils ne sont guère disposés
à travailler, investir ou entreprendre. Les ressorts de la croissance
étant brisés, le PIB diminue et la « matière fiscale » se dérobe.
Aussi les réformes intervenues dans le monde entier depuis Reagan ont-elles
consisté à diminuer et le nombre et le taux des tranches dimposition.
Avec les experts de lIREF, je milite même pour la flat tax,
un taux unique (entre 12 et 19%), adopté dans de nombreux pays européens,
se substituant à la fois à limpôt sur le revenu, à Enfin, une fiscalité juste est celle qui respecte le droit de propriété. La Déclaration des Droits de lHomme stipulait que les citoyens contribuent aux dépenses publiques « en raison de leurs facultés », ce qui plaide en faveur de la proportionnalité et non de la progressivité. Mais la vraie logique consisterait à instaurer un impôt de capitation, le même pour chaque citoyen, puisque limpôt est théoriquement fait pour couvrir les frais de production de « biens publics » dont par définition tous les citoyens bénéficient également. Le respect de la propriété privée est le seul vrai critère dune démocratie, il est la base de la justice fiscale. Limpôt non consenti est une spoliation légale certes, mais une spoliation. Le véritable bouclier devrait être un parlement plus soucieux de limiter les impôts que de financer des dépenses. Aujourdhui le citoyen et ses élus sont impuissants à contrôler les administrations. Le véritable bouclier fiscal, cest la liberté et létat de droit. Tout le reste nest quabri de fortune. Jacques Garello Le
12 avril 2010
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