![]() | ||||||||||||
| Comment se passer de lEtat ? Les libéraux connaissent la méthode. Elle est techniquement simple, mais psychologiquement et politiquement difficile. Au cours des mois prochains, les vacances passées, la première mission des libéraux et lobjet essentiel de lUniversité dEté seront dexpliquer aux Français quil est temps dabandonner les illusions de lEtat Providence, et que le changement de cap est praticable et bénéfique. Je ne mattarderai pas à lanalyse des défaillances de lEtat Providence. Elles deviennent évidentes aux yeux de la plupart de nos compatriotes. En dépit de la propagande qui a cherché à imputer la crise aux puissances occultes du capitalisme et de la mondialisation, les doutes commencent à naître dans les esprits sur lorigine et la nature de la crise de , mais surtout sur la façon dont les Etats ont manuvré ensuite. Aujourdhui, ce sont bien les Etats qui tombent en ruines. Dabord parce quils ont voulu jouer les sauveteurs bretons alors quils ne savent pas nager, ensuite parce que leur impuissance nest pas née dhier, les dettes quils ont accumulées étaient bien antérieures à 2008, et tous les vices des systèmes bureaucratiques, dirigistes et corporatistes étaient à luvre depuis dix ans au moins. Je laisse maintenant lanalyse du passé lointain et immédiat pour regarder vers lavenir. Il nous faut vouloir et réussir à se passer de cet Etat en loques. Ce nest pas évident. A vivre dans lesclavage pendant des années, voire des siècles, on ne sait plus à quoi ressemble la liberté. Il a fallu presque vingt ans aux Allemands de RDA pour accepter le jeu de la liberté économique. La Boëtie parlait de « servitude consentie ». Les Français seraient-ils résignés ? Non, disons-leur quils ne sont pas condamnés à la pression fiscale, ni à lexplosion des systèmes de retraites ou de santé, ni à la faillite de léducation nationale, ni au diktat des syndicats, ni au chômage et à linflation ni à larrogance de la classe dirigeante. Ce quil nous faut maintenant, cest étudier dans le détail comment se passer de lEtat. Il faut avant toutes choses redessiner les frontières de lEtat et du politique, en appliquant le principe de subsidiarité : lEtat doit faire ce quil est le seul à pouvoir faire, lEtat est lultime recours pour assurer la défense collective, la police et la justice, garantissant ainsi la propriété et la sécurité. Mais, même dans ces attributions régaliennes, rien ninterdit à lEtat de mobiliser les ressources de lentreprise privée ou de la vie associative. Cela fait, il reste à privatiser tout le reste. La privatisation implique avec elle tout le processus marchand : cest le jeu de la concurrence et de la gouvernance qui permet de gérer au mieux les affaires naguère confiées (à tort et à prix dor) à lEtat. Dans les deux rapports que jai rédigés depuis trois ans, accumulant des données françaises et étrangères, et mappuyant sur lanalyse économique, jai mis en évidence que pour les retraites dune part et dautre part pour le logement nous aurions avantage à expulser totalement lEtat pour lui substituer des procédures marchandes. La transition des retraites par répartition vers un système de capitalisation est possible, et réalisée dans plusieurs pays. Les HLM peuvent être privatisées, et le logement est davantage « social » quand il est offert par des promoteurs et bailleurs privés. De même lécole privée a fait la preuve de son art déduquer, mais elle est étouffée par ladministration publique ; lhôpital public a fait la preuve de son inefficacité mais le secteur privé est étranglé. Transport, énergie, agriculture, environnement, culture, sport : que lEtat se retire pour laisser place à lentreprise, au marché et à la société civile. Jusquà
présent, nous navons pas fait assez de pédagogie libérale, et nous avons laissé
nos compatriotes dans un flou artistique sur laprès Etat Providence. Sans doute
y a-t-il une bonne raison à cela : les formules de la liberté se forgent
à lusage, et empruntent des voies insoupçonnées au début. Les libéraux ne sont
pas des « constructivistes » et ne fixent pas dans le détail le mode
dorganisation de la société. Sans doute aussi certaines formules adoptées à létranger
ou dans le passé ne sont-elles pas applicables à Il nen demeure pas moins que beaucoup de Français sont loin de se douter quil existe des manières simples dobtenir avec plus de certitude et à moindres coûts ce que lEtat leur offre aujourdhui (avec leur argent). Toutefois,
je ne voudrais pas terminer cette ode à la privatisation sans souligner limportance
du contexte européen de ces prochains mois. Car la question de la survie et du
rôle de lEtat se pose dans des termes différents suivant les pays européens concernés.
En Allemagne, en Autriche, aux Pays bas, dans les pays scandinaves, en Suisse,
le choix est fait ou est en train de se faire : on veut apprendre à se passer
de lEtat. LAngleterre est à la croisée des chemins. En revanche Jacques
Garello
| ||||||||||||