La
rubrique « Portrait » propose des fiches pédagogiques sur les grands
penseurs, dont les idées mènent encore le monde dans des directions opposées
sans doute. Ces fiches permettront peut-être daméliorer le niveau de culture
des jeunes, condamnés à la pensée unique par lEducation Nationale. Après 26 économistes,
voici une galerie de 25 philosophes qui sest ouverte avec Platon, Aristote, Ciceron,
Augustin d'Hippone, Grégoire VII et nous offre maintenant le portrait de
Thomas d'Aquin. | |||||||||||||
THOMAS
D'AQUIN | |||||||||||||
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La Somme Somme contre les Gentils, Somme théologique : deux uvres majeures de Thomas dAquin portent le nom de Somme. Et le saint philosophe est en lui-même une somme, synthèse de la théologie chrétienne et de la pensée de lAntiquité, puisant à la fois dans les Ecritures, chez Aristote, chez Avicène. Difficile dexprimer en quelques lignes la somme de connaissances, de questions, de principes proposée par le « Docteur angélique ». Il y a pourtant un fil conducteur : la transcendance, la rencontre de la raison et de la grâce, de la loi naturelle et de la loi divine, du temporel et du spirituel (sur ce dernier point St Thomas sinscrit dans le droit fil de la révolution papale). | ||||||||||||
| La
connaissance négative Cest
pourtant avec la plus grande humilité que Saint Thomas aborde les problèmes quil
se propose de traiter. Il est en effet persuadé que la seule raison ne permet
pas à lêtre humain de comprendre le dessein de Dieu. Par contraste, le péché
originel pousse lhomme orgueilleux à se croire à la hauteur de Dieu. Certes lhomme
peut sélever, mais ce nest que par la grâce divine, la raison dont il a été
doté lui permettant de mesurer ses erreurs. Cette idée de la connaissance négative
(on ne peut accéder à la vérité quà travers les erreurs et les réparations quelles
appellent) inspirera non seulement les scolastiques, mais aussi Pascal et, plus
tard encore, Hayek. Saint Thomas consacre donc de longs développements à sinterroger
sur la vérité, sur la foi, sur la destinée. Il le fait chaque fois avec sa méthode
propre : une proposition nest pas sitôt avancée quapparaît largument contraire,
qui à son tour mérite discussion, et ainsi de suite. Cette approche est radicalement
opposée au constructivisme rationaliste. Le
droit naturel Ce que dit Saint Thomas du droit naturel illustre bien ce génie particulier. Sinterrogeant sur la loi, et sur son origine ; il part du principe que la loi est avant tout divine, elle est faite pour permettre aux hommes dentrer dans le plan de Dieu. Mais comme ils nont quune connaissance limitée de la loi divine, ils posent des règles (droit positif) qui ne peuvent être quapproximatives. Le droit naturel va naître dune dialectique permanente entre droit divin et droit positif : le droit va évoluer en fonction de la découverte progressive de meilleures règles, le droit naturel étant en quelque sorte guidé par le droit divin. Ainsi la « loi ancienne » annonce-t-elle et prépare-t-elle la loi « nouvelle ». Ici Saint Thomas séloigne sciemment du concept dordre naturel immuable tel que lavait imaginé Aristote. Le
droit naturel fixe les limites du pouvoir politique. Reprenant les idées de Grégoire
VII, Saint Thomas fait du gouvernant celui qui doit mettre le bateau de la société
sur le cap choisi par Dieu. Tout écart dans cette mission justifie le tyrannicide,
que le peuple peut et doit voter. Ethique
économique En ce 13ème siècle où explose léconomie européenne, Saint Thomas ne pouvait échapper à la question de la moralité du commerce, de la banque et de lintérêt. Il laborde, comme toujours, avec beaucoup de prudence et de réalisme. Ainsi le commerce nest pas une bonne chose sil sagit dacheter bon marché pour vendre plus cher. Mais le bénéfice dun marchand qui saisit une opportunité qui est un entrepreneur au sens de Kirzner est légitime, parce quil améliore la vie de la communauté entière. Le prix pratiqué sur le marché est juste sil rémunère justement ceux qui participent à léchange (juste salaire). Mais, comme Aristote lavait noté, la justice peut être commutative (équilibre des prestations) ou distributive (prise en compte de la situation respective des échangistes). Finalement le prix ne correspond pas nécessairement à la valeur, car le prix concerne plusieurs personnes différentes alors que la valeur est purement subjective. Enfin, lusage de largent, bon intermédiaire des échanges (Aristote), ne peut être source denrichissement. Le prêt à intérêt est prohibé, car il nest que le prix du temps, et le temps appartient à Dieu. Mais celui qui fait une avance à un autre peut se faire dédommager pour la perte que ce prêt peut lui causer, voire même pour le manque à gagner, ainsi que dans le cas où il prend un risque. Enfin, la propriété est tenue pour bonne pour lhomme, qui en est responsable, mais à charge de lexploiter et de lorienter vers le bien être de la communauté. Les biens ne sont pas donnés en commun, leur destination est commune, et le marché est une façon de redistribuer les biens avec justice : un rappel sans doute utile aujourdhui.
Le 30 septembre 2011
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