JEAN BAPTISTE
SAY
|
|||||||||||||
|
|
Les
produits séchangent contre les produits Cette formule est aujourdhui connue sous le nom de « loi de Say ». A la différence de Malthus, Jean Baptiste Say ne croit pas à la fatalité dune crise générale et durable de surproduction. La loi de Say a en fait deux sens plus ou moins articulés. Le premier sens invite à repousser lillusion des apparences monétaires pour ne sintéresser quà ce qui est « réel » : la production et la consommation de biens et services. La monnaie nest quun « voile », un intermédiaire dans les échanges ; elle ne peut avoir dinfluence que sur le niveau général des prix, quand sa quantité en circulation augmente (hausse des prix) ou diminue (baisse des prix). La monnaie naffecte que les étiquettes des prix on peut comprendre cela avec le passage du franc à leuro. En fait, sur le marché, ce sont des produits qui séchangent contre des produits, la monnaie ne jouant quun rôle nominal, quune fonction daffichage. |
||||||||||||
|
Les
produits créent leurs propres débouchés Peut-on envisager que des produits puissent exister sans trouver leur contre-partie, ce qui signifierait une crise de surproduction ? Oui, cela peut se produire au niveau micro-économique, dit Say, parce que certains produits sont inadaptés à ce que recherche la clientèle ; mais il ne sagit que dune crise provisoire, car très vite les facteurs de production vont se déplacer vers dautres secteurs, dautres produits, plus intéressants. Mais cela ne peut exister au niveau macro-économique pour une simple raison : en même temps que le producteur propose son produit, il rémunère les gens qui ont participé à la production. Tout pouvoir dachat a pour origine la production, la rémunération dun effort fourni. Ce pouvoir dachat est dun montant (réel) rigoureusement égal à la valeur du produit : la « valeur ajoutée » se retrouve sous forme de salaires, intérêts et profits au niveau des travailleurs, prêteurs et entrepreneurs qui ont concouru à la production. Donc
lentreprise propose simultanément le produit et de quoi lacheter. Bien
évidemment cette égalité ne peut se boucler quau niveau dun réseau complet
dentreprises : une entreprise A crée des débouchés pour une autre
B, qui elle-même distribue des revenus qui permettront à A de grossir
sa clientèle. Economie
de loffre contre économie de la demande Jean
Baptiste Say est ainsi le pionnier de léconomie de loffre, qui explique
toute richesse dun pays par la performance des entreprises, par limportance
de la production, seule source de revenus et de pouvoir dachat. Il soppose
ainsi à Malthus et à tous ceux qui se situeront du côté de la demande,
qui voient le dynamisme dune économie du côté des dépenses. Mais, dit
Say, comment dépenser un argent qui ne vient pas de la production ?
Ce ne peut être que par un subterfuge, la création de monnaie, un pouvoir
dachat créé ex nihilo, sans contrepartie réelle à lorigine. Jacques Rueff
parlera à ce sujet de « faux droit ». On reconnaît un droit
de consommer à des personnes qui nont rien apporté à la production. Le
résultat ne peut être que le gonflement de la masse monétaire et des prix,
sans accroissement des richesses produites. Relancer léconomie en stimulant
artificiellement la demande ne débouche que sur linflation. La
première théorie de lentrepreneur Pendant plus dun siècle, Say sera le seul économiste à mettre en évidence le personnage de lentrepreneur, soigneusement ignoré par exemple chez Ricardo pour lequel lentrepreneur est celui qui apporte des capitaux, par comparaison (voire par opposition dira Marx) avec le travailleur, qui apporte sa main duvre. Il est vrai quau début du XIXème siècle lapport en capital est la façon la plus courante de devenir entrepreneur. Mais dune part on peut créer une entreprise avec de largent emprunté à dautres (banques, épargnants), dautre part un entrepreneur a des qualités propres : il doit connaître le marché (fonction commerciale), organiser la production (fonction technique) et surtout savoir mener des hommes (fonction de direction). Enfin lentrepreneur prend tous les risques à sa charge, et accepte dêtre rémunéré par des profits, alors que celui qui se contente de placer son argent est sûr de lintérêt quil percevra. Toutes ces qualités sont rarement réunies sur une seule personne, voilà pourquoi les profits peuvent être importants, associés à un risque lui aussi important. Lentrepreneur rémunéré par un profit, revenu aléatoire) est différent dun capitaliste rémunéré par un intérêt (revenu contractuel). Lentrepreneur est un genre de superman, et le thème sera repris par Schumpeter dans les années 1930. Le 4 Février 2011
|
|||||||||||||