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La Caste des 500. Enquête sur les princes de la République
Yvan Stéfanovitch a de nouveau frappé. Après ces enquêtes sur le Sénat et le maire de Paris (voir nos chroniques sur ce site), le journaliste franc-tireur s’attaque aux profiteurs de la politique.
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Couverture du livre La Caste des 500. Enquête sur les princes de la République
Catégorie: Année 2010
Editeur: Lattès
Année: 2010
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Commentaire
Ecrit par Bogdan Calinescu

C’est une Caste discrète de 500 cumulards. Des élus de la Nation ! Depuis une trentaine d’années, ils échappent à tout contrôle et font ce qu’ils veulent dans leurs fonctions. Ils ont pouvoir monarchique, ce sont des nobles d’Etat. Il s’agit de plus de 80% de nos parlementaires à diriger également un exécutif local alors que le cumul est interdit dans les autres pays riches et démocratiques. Ici, ils ont le pouvoir et l’argent. C’est une autre exception française. Qui sont-ils ? Environ 288 députés à l’Assemblée nationale, 128 sénateurs, 26 eurodéputés, 9 anciens Premiers ministres, 2 ex-Présidents de la République et une vingtaine d’ex-ministres et autres personnalités. La moitié des présidents de Conseils généraux et régionaux. La plupart de ces cumulards empoche chaque plus de 24 000 euros dont la moitié échappe à l’impôt sur le revenu. A ces émoluments s’ajoutent les autres avantages : voiture, logement, transports, téléphone… En tête du classement, nos deux anciens présidents de la République : 31 000 euros pour Jacques Chirac et 30 000 pour VGE.

Sur plus de 400 pages, l’enquête de Stéfanovitch donne le vertige. Si vous êtes maire d’une commune de plus de 3 500 habitants, vous pouvez toucher le pactole. Il suffit d’apprendre. Le comble c’est que les membres de la caste se considèrent au service des électeurs. Ils jouent à l’assistante sociale avec l’argent des contribuables. Et en réalité, ils ne sont même pas présents lors des débats à l’Assemblée ou au Sénat. Le sénateur Daniel Percheron par exemple, a pris la parole en public 5 fois seulement depuis 2003. Les champions de l’absentéisme sont les députés européens (14 apparatchiks et 12 cumulards). Ils peuvent empocher jusqu’à 28 000 euros pas mois pour… 6 jours de travail seulement.  

Aujourd’hui, 81% des sénateurs et 85% des députés cumulent le mandat parlementaire avec le mandat local. 416 parlementaires, 12 eurodéputés et 24 ministres et secrétaires d’Etat sur 38 exercent aussi un mandat exécutif local. A commencer par François Fillon lui-même qui est président de la communauté des communes de Sablé-sur-Sarthe. A chaque élection, ces professionnels de la politique mettent tout en œuvre pour conserver leurs mandats et en gagner d’autres. Qui plus est, ces cumulards sont issus (à plus de 50%) de la fonction publique. L’auteur détaille les raisons de ces dérives. Bien entendu, il s’agit d’abord de l’appât du gain et du pouvoir. Mais plus importante est l’évolution des institutions de la République. Avec la décentralisation au début des années 1980, le pouvoir local pris de plus en plus d’importance. Le pactole s’est mis à grossir avec le temps. Maintenant, il s’agit de presque 2 millions de fonctionnaires locaux à gérer et de plus de 212 Mds d’euros par an. Ca donne envie ! Le nombre des communes est aussi un facteur qui incite à chercher un poste local : les 25 pays de l’Union européenne comptaient en 2004, 75 000 communes dont 36 682 en France, soit 47,5% du total pour 16% de la population.

Une autre raison de cette attirance est la communauté de communes. Les communautés touchent 43% de la taxe professionnelle ; elles permettent à leurs membres de profiter de l’argent mis au pot commun. Un maire veut construire une piscine ou un nouveau bâtiment pour sa mairie, il n’a qu’à puiser dans le pot. Les membres-conseillers de la communauté des communes ne sont pas élus et n’ont pas de comptes à rendre. Ils se réunissent 6 ou 7 fois par an et leur rôle est de décider des dépenses à faire. Gérard Collomb est maire de Lyon et président de la communauté lyonnaise (un budget de 1.6 Mds d’euros). Il est aussi sénateur mais sur les 3 dernières années, il n’a eu le temps de faire qu’une courte intervention au Sénat : « Hé oui ! » le 4 juillet 2007.

Les membres de la caste sont généralement parrainés par un patriarche de la politique. Toutefois, il existe aussi des exceptions comme Jean-Louis Borloo. Avocat d’affaires, il a choisi de voir ses revenus divisés par 4 et se consacrer à la politique. C’est trop rare pour ne pas le mentionner. Entrer dans le sérail des élus c’est se transformer en assistante sociale et/ou entrepreneur de la politique. Le gros du travail consiste en une relation permanente avec les électeurs. Il faut leur faire comprendre que vous êtes là pour les aider. Les élus interrogés par l’auteur le reconnaissent : « Notre boulot consiste à faire les marchés et à décrocher le téléphone pour résoudre les soucis de ceux qui nous ont élus ». Au Parlement, il faut se montrer aussi. Députés et sénateurs n’ont aucune envie de montrer leur manque d’assiduité alors qu’un quart seulement des membres des commissions (formées chacune de 40 à 100 personnes) assistent régulièrement à leurs travaux. Des exemples d’entrepreneurs politiques ? Il y en a beaucoup, certains sont peu connus comme Daniel Percheron élu du Nord-Pas-de-Calais depuis les années 1970. C’est celui qui a fait Martine Aubry entre autres… Dans une région sinistrée par le chômage – 500 000 emplois perdus en 30 ans -, il a su faire preuve de persévérance et personne n’a réussi à le déboulonner. Du grand art !

Parmi les « super-cumulards », Mme Catherine Trautmann, une autre professionnelle : maire de Strasbourg, député du centre ville, présidente de la Communauté urbaine de Strasbourg et députée européenne. Faites le calcul ! A côté de ces cumulards, on trouve ceux que Stéfanovitch appelle « les empereurs intouchables » : Georges Frêche, Philippe de Villiers et Gérard Miquel. Les deux premiers font régulièrement la Une des médias, M. Frêche étant même un grand provocateur et un souci permanent – un de plus - pour les socialistes.

Un autre aspect des mœurs de la politique française est la « récompense ». Non pas d’avoir gagné des élections mais de les avoir perdus. En effet, on a pour habitude, à gauche et à droite, de caser dans des postes rémunérateurs ceux qui se sont fait renvoyer par les électeurs. Battus aux législatives de 2007 et aux municipales de 2008, deux anciens ministres, Gilles de Robien et François d’Aubert ont été « aidés » par le président de la République pour trouver un poste. Le premier est délégué du gouvernement français au conseil d’administration de l’Organisation Internationale du Travail et aussi ambassadeur « chargé de promouvoir la cohésion sociale » (sic !).  François d’Aubert a d’abord été recasé par Chirac comme « ambassadeur haut représentant pour la réalisation en France du projet ITER, le réacteur expérimental international de fusion nucléaire ».  En juillet 2007, c’est Sarkozy qui s’occupe de lui en le nommant président de l’Etablissement public de la Cité des sciences et de l’industrie et en avril 2009, il devient délégué général à la lutte contre les paradis fiscaux. Tous les deux bénéficient de voiture de fonction avec chauffeur… et tous les deux touchent leurs retraites d’élu, d’ancien haut fonctionnaire ou d’assureur dans le cas de Gilles de Robien. Ca fait beaucoup surtout pour d’Aubert, proche de Madelin et ancien de la Cour des Comptes, qui était nommé le « député enquêteur ».

Enfin, celui qui bat probablement le record de cumuls (rémunérateurs) et d’indemnités est Michel Barnier. Elu député européen en juin 2009, l’ancien ministre sera Commissaire européen à partir du 1er février 2010. Il touchera un salaire de 23 503 euros par mois. Mais ce n’est pas fini ! En 2011 il atteint l’âge légal de la retraite en France et pourra toucher en plus 9 225 euros de pensions (ancien sénateur, député, membre du Conseil économique et social, etc..). Et une fois à la retraite pour de bon, il cumulera toutes les pensions pour une retraite mensuelle d’environ 14 000 euros par mois !

Yvan Stéfanovitch a fait un travail salubre. Son enquête devrait avoir un impact énorme dans les médias (ce n’est pas le cas pour le moment, les journalistes auraient-ils peur ?) et je la mettrais comme lecture obligatoire à Sciences po.

Date d'insertion: Vendredi, 22 Janvier 2010 23:13

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Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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