| LE PRIX DU PAIN : "UNE AFFAIRE D'ETAT" |
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| Mercredi, 19 Septembre 2007 01:00 |
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Nos ministres sont en alerte et l’administration veille au grain, car un drame est en train de se produire : le prix du pain va augmenter. On imagine déjà les barricades dans Paris et le régime vacillant sur ses bases : SARKOZY renversé par la hausse de la baguette. Ou mieux encore, Cécilia répondant « Si la pain est cher, qu’ils mangent de la brioche ». Comme le souligne à juste titre Jean-Pierre ROBIN dans sa chronique Libres Echanges du Figaro Economie, « Les prix du blé et du pain n’ont jamais cessé d’être une affaire d’Etat dans l’Hexagone ». Et de rappeler les difficultés de LOUIS XVI et de TURGOT à propos du prix des grains. Il faut croire que nous en sommes restés à 1774, puisque la simple annonce par les professionnels d’une hausse probable de la baguette de 5 à 8% a suffi à mettre le feu aux poudres. Christine LAGARDE, ministre de l’économie, trouve que c’est « un peu beaucoup » (car elle sait mieux que les boulangers ce que doit être le juste prix du pain) et affirme être « en alerte » et « très attentive » sur cette question manifestement capitale. Heureusement, dit-elle, les agents de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes « effectuent des contrôles réguliers », ce qui suffit à nous rassurer pleinement. Faut-il tout d’abord rappeler au ministre que, certes, le prix du pain a été fixé par les pouvoirs publics (voir notre article de conjoncture sur la liberté des prix) de 1791 à 1978. Il a alors été libéré par Raymond BARRE et René MONORY, puis bloqué à nouveau de 1981 à 1986, sous la gauche, avant d’être définitivement libéré par l’ordonnance BALLADUR de 1986. Le prix du pain est donc libre ; ce n’est donc pas une affaire d’Etat ou d’administration. Soulignons aussi que lorsque le prix était fixé par l’Etat, cela ne l’avait pas empêché d’augmenter, par exemple tout au long du XIX° siècle. Il est vrai que le prix du pain était une question stratégique à la fin du XVIII° siècle, où, selon certains historiens, il représentait pratiquement la moitié des dépenses des ménages. En 1900, nos ancêtres consommaient encore 900 grammes de pain par jour, 325 grammes en 1950, 150 grammes aujourd’hui. Résultat, en 2007, comme le rappelle Jean-Pierre ROBIN, les dépenses de pain représentent en moyenne 0,6% du budget des ménages français. Cela fait qu’une hausse de 5%, comme celle qui est annoncé, représente seulement 0,03% de charge supplémentaire : pas de quoi dresser des barricades. Pourquoi le prix du pain augmente-t-il en ce moment? Parce que le prix du blé augmente : il a augmenté de 75% depuis avril, à la fois en raison de mauvaises conditions climatiques qui ont réduit les récoltes et d’une demande sans cesse croissante, à cause en particulier des biocarburants. N’oublions pas aussi que le prix des produits agricoles est largement manipulé par les Etats ou par la PAC. Mais l’ensemble des matières premières ne représente que 25% du prix du pain, dont à peine 5% pour la farine de blé. L’essentiel du coût est constitué par les charges salariales, l’ensemble salaire et charges sociales atteignant 50% du prix du pain. S’il faut chercher la raison d’un prix que certains jugent trop élevé, c’est du coté des charges sociales, donc de l’Etat. L’inquiétude de madame LAGARDE n’est donc pas justifiée où en tous cas elle est mal placée. Ce n’est pas « l’avidité » des boulangers qu’il faut mettre en cause, mais celle de l’Etat et, de toute façon, le prix du pain n’a plus guère d’importance aujourd’hui. Si l’on veut qu’il augmente le moins possible, voire qu’il diminue, la solution ne doit pas être cherchée du coté de l’Etat, encore moins du contrôle des prix, mais du côté de la concurrence et de la liberté des prix. |
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Le fondateur de l’école autrichienne Carl Menger est souvent associé à Stanley Jevons et Léon Walras comme l’un des piliers de la « révolution marginaliste » qui a fait rupture avec le classicisme anglais de Ricardo et Mill. Il est vrai qu’il cherche, comme ses contemporains, à rendre compte de la rationalité des choix individuels. Mais tandis que Jevons et Walras pensent la découvrir dans le calcul objectif de l’utilité marginale, Menger met au contraire l’accent sur la pure subjectivité des choix, de sorte qu’il nie purement et simplement toute référence à l’homo oeconomicus. « Chaque homme est unique et irremplaçable », pourrait-on dire, et c’est à partir de l’expérience du décideur, de ses goûts, de sa situation sur-le-champ, de son information, qu’il va faire ce qui lui semble le meilleur choix. Ainsi va-t-il bien plus loin que ses contemporains, en introduisant une économie « du temps et du savoir », caractéristique de ce que l’on appelle aujourd’hui l’école « autrichienne » dont l’influence scientifique et politique est aussi grande depuis un demi-siècle que l’école keynésienne ou l’école de Chicago. |
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