Portait

Le fondateur de l’école autrichienne

Carl Menger est souvent associé à Stanley Jevons et Léon Walras comme l’un des piliers de la « révolution marginaliste » qui a fait rupture avec le classicisme anglais de Ricardo et Mill. Il est vrai qu’il cherche, comme ses contemporains, à rendre compte de la rationalité des choix individuels. Mais tandis que Jevons et Walras pensent la découvrir dans le calcul objectif de l’utilité marginale, Menger met au contraire l’accent sur la pure subjectivité des choix, de sorte qu’il nie purement et simplement toute référence à l’homo oeconomicus. « Chaque homme est unique et irremplaçable », pourrait-on dire, et c’est à partir de l’expérience du décideur, de ses goûts, de sa situation sur-le-champ, de son information, qu’il va faire ce qui lui semble le meilleur choix. Ainsi va-t-il bien plus loin que ses contemporains, en introduisant une économie « du temps et du savoir », caractéristique de ce que l’on appelle aujourd’hui l’école « autrichienne » dont l’influence scientifique et politique est aussi grande depuis un demi-siècle que l’école keynésienne ou l’école de Chicago.

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Paysans : la faute à qui ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Dimanche, 07 Février 2016 00:00
Manifestations agricoles l www.libres.org

Le gouvernement est engagé dans l’une des plus mauvaises affaires qui soient. Les jacqueries ont annoncé la Révolution ; serions-nous à la veille d’une explosion ?

 

 

Les manifestations ont la sympathie de nombreux Français et les médias ne manquent pas d’interviewer des gens qui justifient le blocage des routes, le saccage des grandes surfaces et soulignent l’incurie du gouvernement et la rudesse des forces de l’ordre. Une analyse moins passionnée des faits et un rappel de l’histoire démontrent pourtant que les paysans se trompent et de cible et d’attitude.

La faute à qui ? La cible choisie est celle des grandes surfaces. Elles sont accusées d’exploiter  les producteurs suivant le schéma bien connu : les gros écrasent les petits. Il y a certes un écart apparent, souvent spectaculaire,  entre le prix de revient  des produits agricoles et leur prix de vente au grand public. Mais ces « marges brutes » sont à diminuer des coûts de fonctionnement des entreprises, et en particulier de la masse salariale, de l’amortissement des installations et équipements, et des charges sociales et fiscales. Le profit réalisé par les distributeurs serait-il si important ? De nombreux groupes ont lancé un « avertissement sur résultats » à leurs actionnaires et chez certains les marges s’effondrent avec la « guerre des prix ».  Qui en bénéficie? C’est le consommateur dont le pouvoir d’achat est sauvegardé dans une conjoncture difficile et qui jouit de prestations et d’attentions de meilleure qualité, tandis que partout les prix s’alignent au bout de quelques jours sur le niveau le plus bas.

La ruine des paysans c’est la concurrence. Le conflit est éternel à propos du partage des gains de productivité. Avantage aux producteurs, qui en sont les artisans ? Avantage aux consommateurs, qui en sont les bénéficiaires ? Quand il y a concurrence, le partage est en faveur du consommateur. La conquête de parts de marché, mais aussi la mondialisation, font que la concurrence est de plus en plus active dans le secteur des produits alimentaires. Le résultat le plus clair est qu’une population qui en 1960 affectait en moyenne un quart de son budget à son alimentation ne débourse plus aujourd’hui que 12 % de son revenu net.

Mais pourquoi des producteurs étrangers relèvent-ils le défi de la concurrence, alors que les Français ne s’en sortent pas ? Il y a ici deux causes, de nature différente, mais qui convergent au détriment des paysans.

La première c’est le poids des charges payées à l’Etat et aux diverses administrations locales, sociales. Si c’est la raison pour laquelle les sous-préfectures sont attaquées, les paysans ont raison  (sur le fond, mais pas sur la forme) mais  c’est Bercy qu’ils devraient incendier.

La deuxième c’est la moindre productivité. On évoque à juste titre les performances des Allemands (filières laitières et bovines) et des Espagnols (fruits et légumes), parce que l’organisation des exploitations et des circuits de commercialisation est très différente de celle, plutôt conservatrice, de la pratique française. Les paysans français ont commis des erreurs de gestion, avec des surfaces trop exiguës, un suréquipement relatif, une confusion entre résultats d’exploitation et revenus personnels qui a conduit au surendettement.

La convergence est celle-ci : c’est l’Etat français, adepte et fondateur de la politique agricole commune, qui est encore à la source de la ruine de la paysannerie. La PAC devait enrichir les paysans et les garder sur leurs terres, les paysans ont disparu (en 50 ans on est passé de 40 % de la population active à 3,5 %) et ceux qui ont survécu craignent de disparaître. La PAC a consisté à fixer des prix « européens » garantis par une protection douanière contre le reste du monde. Avec le soutien de l’Etat français, ces prix supérieurs aux cours mondiaux ont écarté les paysans d’une gestion performante et ont créé des excédents – qu’il a fallu ensuite éliminer par des quotas et des subventions. Sous les coups de butoir des Anglais, qui s’approvisionnent dans leur Commonwealth plutôt qu’en Europe, les prix garantis ont peu à peu laissé place aux revenus garantis, de sorte que les paysans français ont vu leur situation se dégrader ; aujourd’hui, ils réclament le retour à la fixité des prix (calculés bien sûr d’après leurs propres normes de rentabilité).

En conclusion, à qui la faute ? Au dirigisme parisien et bruxellois, qui a prétendu  soustraire la production agricole à la pression de la concurrence. En haussant les  coûts par des charges et des réglementations arbitraires, en faussant les prix par des subventions et protections artificielles, les pouvoirs politiques et administratifs ont ruiné les paysans, qui auraient dû revendiquer leur liberté et leur propre responsabilité. Ils souffrent et meurent peut-être, de l’assistanat et des privilèges qu’ont organisés des politiciens en quête de clientèle. Ils ne sont pas les seuls : merci à l’Etat Providence.

 
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