Cohabitation ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 07 Mai 2012 01:00
Vive la République, vive la France ! l www.libres.org

En dépit d’une campagne très active et d’une inflexion vers les idées « de droite », Nicolas Sarkozy a donc perdu la course à l’Elysée. Il est inutile de s’appesantir sur le passé, mais son bilan a rendu peu crédible ses discours, dont les derniers étaient pourtant de bonne facture, même s’ils faisaient la part trop belle au protectionnisme.  

Nous voici donc avec les socialistes à l’Elysée et au Palais du Luxembourg. Ils sont aussi dans les syndicats, la fonction publique (pour une bonne part), dans les médias et dans l’enseignement. Ils sont encore à la tête des régions, des départements et des grandes villes.  

Peut-on priver François Hollande d’une majorité présidentielle et l’obliger à une cohabitation qui éviterait une France monocolore ? C’est la question qui vient tout de suite à l’esprit, et naturellement elle a été au cœur de toutes les discussions sur les plateaux dimanche soir : on a beaucoup parlé des législatives des 10 et 17 juin. 

Je vois beaucoup d’obstacles à une telle revanche, à un tel sursaut de la droite. Tout d’abord même s’il n’y a pas eu la vague rose ou rouge annoncée, les circonscriptions où la droite est assurée de l’emporter sont rares, surtout avec l’hypothèque du Front National avec des triangulaires en perspective. Cette hypothèque est le deuxième obstacle : l’UMP, comme le PS, écarte toute entente avec les candidats « bleu marine » mais l’UMP court plus de risque que le PS à ce jeu, on l’a vu à l’occasion des dernières élections locales par exemple. Il faut aussi compter avec les discordances de l’UMP, en dépit de l’aura de François Coppé, qui arrivera difficilement à éviter des candidatures dissidentes. Les retournements de vestes, déjà spectaculaires à la veille du 6 mai, risquent de se multiplier. Enfin et non le moindre, il y a toujours eu à ce jour une majorité présidentielle pour épauler le Président élu. Cela s’est vu en 1981, 1988, 1995, 2002 et 2007. Il y a eu cohabitation du temps du septennat, où les élections législatives se situaient nécessairement pendant le mandat présidentiel : en 1986 sous Mitterrand (Chirac premier ministre) et en 1993 (Balladur premier ministre), et en 1997 sous Chirac (Jospin premier ministre). Il est à noter que la cohabitation a été bien mieux gérée par Mitterrand qui a mis Chirac puis Balladur dans sa poche, que par Chirac, qui a laissé Jospin gouverner à sa façon, partageant même son « domaine réservé » des relations internationales avec Lionel Jospin.  

La cohabitation difficile avec le quinquennat 

Tout cela fait beaucoup, et laisse mal présager d’une cohabitation utile, et je vois mal ce qui viendrait bloquer ou seulement ralentir la marche à la société nouvelle qui nous est promise.

Car on commente beaucoup les changements à attendre dans la politique économique et sociale de la France, la nouvelle fiscalité, la contre-réforme des retraites, le renforcement des syndicats, l’emballement des déficits du budget de l’Etat et de la Sécurité Sociale, les nouvelles réglementations du travail et du chômage : autant de désillusions en perspective, qui se révèleront très rapidement – après 1981 il a fallu trois ans aux Français pour comprendre où on les menait, mais dans un contexte mondial très favorable.

De même commente-t-on l’impasse de la position de la France si le nouveau pouvoir veut imposer une Europe de la relance et du protectionnisme, dont ne veulent pas nos partenaires et clients, dont les Allemands et les Anglais.

La société nouvelle qui nous est promise 

Mais on oublie de prendre en compte toutes les réformes de société qui nous attendent, et qui ne demandent ni délai ni consensus européen : les mariages homosexuels et l’adoption des enfants qui en découle, l’euthanasie et la nouvelle loi bioéthique, l’étouffement de l’enseignement privé et la laïcité agressive, le laxisme pénal et judiciaire, et l’obsession des droits des immigrés qui va jusqu’à l’oubli total des devoirs des immigrés.

Une nouvelle offre politique

Tout cela, à mon sens, mériterait bien que l’on se mobilise pour éviter le monopole politique de la gauche. Les législatives pourraient faire appel du jugement du 6 mai. Mais il faudrait pour cela, au minimum, que l’UMP ose enfin cette fameuse rupture que tant de Français appellent de leurs vœux. Le patchwork électoral qui a été servi jusqu’à présent, sans vision d’ensemble, sans réforme structurelle, ne peut passer pour un programme de législature. Que l’UMP prenne position au minimum sur le salaire complet, les retraites, la fin de la progressivité de l’impôt, la flexibilité du contrat de travail, le référendum d’initiative populaire, la diminution des textes et règlements, la liberté scolaire, la protection de la vie et de la famille.

J’ajoute cependant, pour être conforme à mes convictions et à mes propositions, que se mobiliser dans l’immédiat pour obtenir une cohabitation ne dispense pas de mettre en place une « nouvelle offre politique » et organiser une composante libérale de l’opposition. L’absence des idées de la liberté a tué le quinquennat Sarkozy et risque maintenant de nous mener à la « dictature du prolétariat ».

 
More Articles :

» Deux Français sur trois…

ne font pas confiance à François Hollande et ne sont pas allés voter dans l’Oise

» Rendez-vous à Aix

 Rendez-vous à Aix en Provence au soir du 26 août ou au matin du 27.J’évoque souvent la nécessaire rupture. Et il est en effet nécessaire, pour vous comme pour moi et la rédaction de la Nouvelle Lettre, de rompre avec le travail, pour...

» L'Erreur fatale

Je n’attendrai pas lundi matin pour rédiger mon éditorial. Je ne crois pas qu’il y ait une surprise de nature à barrer la route du second tour aux deux candidats majeurs.Je voudrais plutôt, tant qu’il en est temps, tirer les enseignements...

» Au premier tour on choisit

Et au second on élimine.Telle est la logique traditionnelle de l’électeur. Il commence par dire sa préférence ensuite, si besoin est, il exprime son rejet. Quelques électeurs heureux ont la chance d’avoir leur candidat préféré encore...

» 56 % de chances de perdre les élections

C’est une statistique établie avec toute la rigueur possible par une équipe d’économistes d’Harvard en octobre 2010 : 56 % des gouvernements qui ont augmenté les impôts ont perdu les élections.Cet argument devrait à mon sens convaincre...

Commandez

Catalogue de la SEFEL l www.libres.org

Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

8 pages, Abonnement papier 60 €, électronique 40 € (40 numéros par an)

Bulletin d'abonnement

Catalogue de la Sefel

Revue des Livres

L’égalité, une passion française ?

Certes les Français pensent que les inégalités ...

Alain Laurent

En finir avec l’angélisme pénal

Avec de solides arguments et beaucoup de talent Al...

Portait

Le père des néo-classiques

Après la « révolution marginaliste » qui avait pris des allures fort différentes dans les œuvres de Jevons, Walras et Menger, il fallait sans doute le talent pédagogique d’Alfred Marshall pour proposer un schéma d’exposition simple des principes de la science économique. Marshall a voulu remettre de l’ordre dans les idées après le bouillonnement intellectuel de la fin du XIXème siècle et il y a réussi. Les grands théorèmes de « l’école de Cambridge » (où il a enseigné pendant plus de vingt ans) ont été repris (pour être acceptés, ou complétés, ou critiqués) par tous les grands « néo-classiques » du XXème siècle, aussi bien Keynes et ses disciples que les membres de « l’école de Chicago », dont le plus célèbre aura été Milton Friedman.

Lire la suite...