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Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

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Science économique, science du comportement 

Ludwig von Mises appartient à « l’école autrichienne d’économie » fondée par Carl Menger, dont il reprend les deux idées majeures : l’individualisme méthodologique (on ne peut comprendre l’économie qu’à partir des décisions prises par les individus), la subjectivité de la valeur (la valeur attribuée à un bien ou service varie avec chaque individu et chaque contexte).

Allant plus loin que son maître de Vienne, Mises fait de la science économique une branche de la « praxéologie », science de « l’agir humain » : comment les hommes se comportent-ils dans les choix qu’ils ont à faire dans la vie ? Obéissent-ils à une logique immuable et quantifiable (position des purs rationalistes et des inventeurs néo-classiques de l’homo oeconomicus) ? Sont-ils conditionnés par l’histoire (position des historicistes allemands qui entretiennent une violente querelle avec les économistes autrichiens) ? Ou sont-ils simplement guidés par ce qu’ils pensent être leur intérêt, compte tenu des multiples paramètres qui entrent dans leur calcul ? Ceci est la position des classiques libéraux depuis Adam Smith, c’est celle des économistes autrichiens.

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La myopie du marché PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 07 Septembre 2012 01:00
 Raymond Barre

C’est Raymond Barre qui a vulgarisé cette expression. Le Premier Ministre des années 1976-1981 passait pourtant pour un libéral…

L’idée est bien simple : le marché permet en un moment donné d’équilibrer l’offre et la demande d’un produit, de sorte qu’un contrat puisse être conclu entre acheteur et vendeur sur la quantité et le prix d’un produit, mais là s’arrête son mérite. S’agissant de préparer l’avenir, de déterminer ce qu’il faudra produire et consommer dans un avenir plus ou moins proche, aucune indication n’est fournie par le marché, et il appartient donc aux autorités publiques de définir les orientations et les priorités sur le long terme.

 

Marché conclu, marché révolu

Suivant ce raisonnement, le marché conclu aujourd’hui serait sans conséquence pour demain. Une fois passé, le marché s’efface de la mémoire collective, personne ne s’en souvient, personne ne s’en soucie. En effet, dira-t-on, les conditions dans lesquelles l’accord a pu se nouer entre les parties ne se retrouveront jamais dans les jours suivants. Les termes du contrat ne peuvent donc se transposer dans des transactions futures. Le prix est éphémère. Il n’a aucune signification.

Voilà donc producteurs et consommateurs frappés d’amnésie : ils ne peuvent se référer à ce qui s’est passé hier pour prendre leurs décisions aujourd’hui. Chaque fois on repart à zéro, le passé est effacé, et on signera un nouveau contrat sans référence au précédent. On ne dira pas : c’était moins cher, c’était trop cher. Le marché ne donnerait aucune indication, aucune information.

 

La sagesse et l’art divinatoire des gouvernants

En revanche les hommes de l’Etat, les pouvoirs publics, auraient la science du futur. Ils seraient capables de savoir quelles activités doivent être développées, celles qui au contraire sont appelées à décliner ou disparaître. Les socialistes connaissent actuellement « les emplois du futur » et vont tout faire pour y préparer les jeunes. Il est d’ailleurs fortement question de remettre en selle un Commissariat au Plan (jadis présidé par Monsieur Guéno). Le planificateur a en effet la chance de centraliser les données statistiques, de disposer de modèles prévisionnels très élaborés, il est protégé contre les groupes de pression, ses décisions sont donc scientifiques. Il dispose enfin des plus beaux esprits issus des plus prestigieuses des grandes écoles.

Cette « présomption fatale » a été démasquée par Von Mises et Hayek dans les années 1930, quand les partisans de la planification soviétique se disaient capables de diriger scientifiquement l’économie, au lieu de la laisser évoluer au gré de marchés instables. Les économistes libéraux acceptent bien l’idée que demain ne sera pas comme aujourd’hui, mais précisément parce que nul ne sait ce que sera demain, car rien ne se reproduit à l’identique, rien ne peut se modéliser, car le seul fait qu’un choix ait été fait dans le passé modifie toute la logique des choix futurs. Le planificateur est donc incapable de maîtriser une « incertitude radicale ». On ne peut même pas imaginer des scénarios alternatifs auxquels on attribuerait des probabilités, puisque l’on ne sait pas ce qui peut se passer. De la sorte, il ne faut pas s’étonner des échecs de la planification partout où elle s’est installée. Elle a ruiné les pays communistes, mais aussi les peuples pauvres qui se sont abandonnés aux illusions d’un développement planifié. Sur les quelque quinze plans que la France s’est donnée depuis 1945, aucun n’a pu aller à son terme.

Pour ne pas en rajouter, on passera sous silence les pressions qui s’exercent sur le planificateur, y compris les pressions électorales, puisque la conclusion des plans s’inscrit dans les lois de finances sous forme de subventions, réglementations et autres privilèges. S’il y a des myopes en matière d’économie, ce sont bien les hommes politiques, dont les regards sont rivés sur les prochaines échéances électorales.

 

Les prix et les profits : les signaux du marché

Depuis Adam Smith, on sait que le marché est un processus dynamique, et non une transaction éphémère. Le prix d’un instant va être gardé en mémoire. Il est appelé à évoluer ; quand il diminue c’est qu’il y a des excédents et inversement une hausse des prix traduit une pénurie. Excédents et pénuries ont une influence sur le taux de profit : les bonnes affaires se font quand il y a pénurie et il faut déguerpir en cas d'excédents. L’art et la mission des entrepreneurs consistent à interpréter ces évolutions, et à s’y adapter. Au lieu d’une planification macro-économique et bureaucratique, nous voici en présence d’une planification micro-économique et responsable. Les erreurs se paieront, les innovations seront récompensées.

Voilà pourquoi la manipulation des prix par les autorités publiques produit des désastres : elle égare les entrepreneurs, encourage des activités désuètes à se maintenir et bloque la croissance d’activités prospères. Mettre le marché à l’heure de la politique, c’est en effet le rendre myope. Les entrepreneurs ne savent plus que faire quand l’incertitude sur les prix et les profits s’installe. Ils vont donc réduire leur énergie créative et la croissance se ralentira, les emplois disparaîtront aussi.

 

 La concurrence un processus de découverte

Le marché, processus de découverte

Loin d’être myope, le marché est au contraire orienté vers le plus long terme. Israël Kirzner a précisé que la vertu essentielle de l’entrepreneur, c’est sa vigilance, la qualité de la vigie qui est capable de voir la terre lointaine avant tout autre. C’est cette antériorité d’information qui incite un entrepreneur à risquer l’innovation là où les autres n’ont pas encore compris les vraies perspectives offertes. Dans la vie économique, des occasions apparaissent sans cesse, mais tout le monde ne peut les saisir. Le marché déverse quotidiennement des milliers d’information et donne aux entrepreneurs les moyens de découvrir ce qui est bon pour lui, parce que cela est bon pour le client.

Evidemment, certains regrettent cette « instabilité », ou cette « précarité ». Mais c’est la rançon nécessaire du progrès. Dans une économie stationnaire, il n’y a pas de surprise, mais il n’y a pas de progrès. Le marché prépare des jours meilleurs, il n’est pas myope, il est explorateur, il est pionnier.

 
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